Les avancĂ©es scientifiques dans lâĂ©tude du comportement ont profondĂ©ment transformĂ© lâĂ©ducation canine.

LâĂ©mergence du behaviorisme a permis de mieux comprendre les mĂ©canismes dâapprentissage et dâadapter les mĂ©thodes Ă©ducatives aux capacitĂ©s du chien. Le bĂ©haviorisme est une approche de la psychologie qui sâintĂ©resse aux comportements que lâon peut observer et mesurer. Il Ă©tudie la maniĂšre dont un ĂȘtre vivant apprend Ă agir en fonction de son environnement.
Cette approche met en Ă©vidence les lois de lâapprentissage, câest-Ă -dire les mĂ©canismes par lesquels les comportements apparaissent, changent, se maintiennent ou disparaissent.
Ces formes dâapprentissage sont communes aux mammifĂšres (dont les humains et les chiens), aux oiseaux, aux reptiles et mĂȘme Ă certains insectes. Les principes prĂ©sentĂ©s ici sâappliquent donc Ă un large Ă©ventail dâespĂšces, mais les explications seront centrĂ©es sur les chiens afin de mieux illustrer ces concepts.
Les mĂ©canismes de lâapprentissage chez le chien
Lâapprentissage chez le chien fonctionne par association et anticipation.
On distingue deux types dâassociations :
1.Lâapprentissage associatif involontaire (appelĂ© conditionnement classique; selon Ivan Pavlov)
Le chien constate quâun Ă©vĂšnement entraĂźne une consĂ©quence : il est spectateur.
Voici les étapes du conditionnement classique :
- Répétition : le chien est exposé à une situation identique plusieurs fois.
- Association : grĂące Ă ces rĂ©pĂ©titions, il fait lâassociation entre un Ă©vĂ©nement et sa consĂ©quence.
- Anticipation : cette association permet au chien dâanticiper la consĂ©quence de lâĂ©vĂ©nement.
- ĂvĂ©nement dĂ©clencheur : son anticipation se manifeste par un Ă©vĂ©nement dĂ©clencheur qui lui permet de prĂ©voir ce qui va suivre et entraĂźne une rĂ©action.
- Réaction : cela provoque chez le chien une réaction physiologique involontaire (réflexes naturels, émotions, etc.).
Exemple 1 :
- Quand je prĂ©pare la gamelle de mon chien (lâĂ©vĂ©nement dĂ©clencheur), il anticipe le fait dâavoir Ă manger (la consĂ©quence), ce qui le fait saliver (rĂ©action physiologique involontaire : rĂ©flexe naturel de salivation).
- Si, par la suite, je fais systĂ©matiquement sonner une cloche avant de prĂ©parer sa gamelle, le chien associe le son de la cloche au fait dâavoir Ă manger. Il se met donc Ă saliver dĂšs quâil entend le son de la cloche, par anticipation.
đ Jâai consciemment conditionnĂ© mon chien Ă saliver au son de la cloche.
Exemple 2 : (peut se produire aussi Ă notre insu.)
- Quand je sors promener mon chien, je prends la laisse (Ă©vĂ©nement dĂ©clencheur). Il anticipe le fait dâaller se promener (consĂ©quence), ce qui le rend joyeux et provoque des sauts de joie (rĂ©action physiologique involontaire : Ă©motion de joie).
- Si, par la suite, je prends systématiquement mon sac avant de prendre la laisse, le chien associe le sac à la promenade. Il se met donc à sauter de joie dÚs que je prends mon sac par anticipation.
đ Jâai inconsciemment conditionnĂ© mon chien Ă sauter dans tous les sens dĂšs que je prends mon sac.
Ces deux exemples illustrent des situations plaisantes pour le chien, mais ce mĂ©canisme sâapplique malheureusement aussi aux situations dĂ©plaisantes. Câest par ce mĂȘme procĂ©dĂ© que les peurs et les phobies peuvent se dĂ©velopper (par exemple, la peur dâaller chez le vĂ©tĂ©rinaire).
Le conditionnement classique induit des émotions, ce qui influence les comportements.
2.Lâapprentissage associatif volontaire (appelĂ© conditionnement opĂ©rant; selon B.F. Skinner)
Le chien constate que son propre comportement entraßne une conséquence : il est acteur.
Voici les étapes du conditionnement opérant :
- Répétition : le chien est exposé à une situation identique plusieurs fois.
- Association : grĂące Ă ces rĂ©pĂ©titions, il fait lâassociation entre son propre comportement et sa consĂ©quence.
- Anticipation : cette association permet au chien dâanticiper la consĂ©quence de son propre comportement.
- ĂvĂ©nement dĂ©clencheur : son anticipation se manifeste par un Ă©vĂ©nement dĂ©clencheur qui lui permet de prĂ©voir ce qui va suivre et entraĂźne une rĂ©action.
- RĂ©action : cela provoque chez le chien une rĂ©action comportementale volontaire, car il est conscient quâil peut influencer la consĂ©quence par son comportement.
Exemple : reprenons lâexemple de la gamelle (en partant du principe que mon chien sait sâasseoir sur demande).
- Avant de lui donner sa gamelle, je lui demande de sâasseoir (Ă©vĂ©nement dĂ©clencheur),il anticipe le fait dâavoir Ă manger (consĂ©quence) et sâassoit dans le but de lâobtenir (rĂ©action comportementale volontaire).
- Si, par la suite, je lui demande systĂ©matiquement de sâasseoir avant de lui donner sa gamelle, le chien fait lâassociation entre le fait dâapporter sa gamelle et le fait de sâasseoir pour lâobtenir.
Il se met donc assis dĂšs que jâarrive avec la gamelle, par anticipation.
đ¶ Jâai consciemment conditionnĂ© mon chien Ă sâasseoir lorsque je lui apporte sa gamelle.
Cet exemple illustre une situation oĂč le chien produit un comportement pour obtenir ce quâil dĂ©sire, mais ce mĂ©canisme sâapplique Ă©galement Ă lâinverse, lorsque le chien cesse un comportement pour Ă©viter une consĂ©quence dĂ©plaisante.

Le conditionnement opérant induit des comportements ce qui influence les émotions.
Vous connaissez maintenant la différence entre le conditionnement classique et le conditionnement opérant, néanmoins ils sont systématiquement liés et agissent ensemble.
Exemple : Je joue Ă la balle avec mon chien.
- Lorsque je prends la balle (événement déclencheur), il anticipe le fait de jouer (conséquence) et aboie par excitation (réaction physiologique involontaire).
- Si, par la suite, je lance systĂ©matiquement la balle pour le faire taire (car ses aboiements deviennent gĂȘnants), le chien fait lâassociation entre ses aboiements et le fait que je lance la balle.
Il aboie donc par anticipation pour obtenir le lancer de balle : La rĂ©action qui Ă©tait Ă lâorigine physiologique et involontaire sâest transformĂ©e en rĂ©action comportementale volontaire.
✠Jâai inconsciemment conditionnĂ© mon chien Ă aboyer lorsque je joue Ă la balle avec lui.
La matrice de modification comportementale (le quadrant de Skinner) issue du conditionnement opérant
Les conditionnements opĂ©rants permettent dâagir sur le comportement de deux maniĂšres car le chien agit toujours pour deux raisons : obtenir ou Ă©viter quelque chose.
- Le chien agit pour obtenir quelque chose (renforcement), cela augmente la frĂ©quence dâun comportement
- Le chien agit pour Ă©viter quelques chose (punition), cela diminue la frĂ©quence dâun comportement
GrĂące Ă ces deux types de motivations (obtenir ou Ă©viter) nous avons le choix dâintroduire des facteurs agrĂ©ables et dĂ©sagrĂ©ables en les ajoutant ou en les supprimant.
Voici le quadrant de Skinner :
Les termes âpositif (+)â et ânĂ©gatif(-)â indiquent, comme en mathĂ©matique, ajouter (+) et retirer (-).
Pour modifier un comportement, nous disposons donc de ces quatre options (quadrant de Skinner), chacune ayant un impact émotionnel différent sur le chien. Il est donc essentiel de les connaßtre pour agir en connaissance de cause et en pleine conscience.
Lorsque lâon agit avec un facteur agrĂ©able
Renforcement positif (R+) : on ajoute un élément agréable pour le chien.
â Ă©motion probable : joie
â le comportement augmente, car le chien cherche Ă lâobtenir
Punition nĂ©gative (P-) : on retire quelque chose dâagrĂ©able.
â Ă©motion probable : frustration
â le comportement diminue, car le chien cherche Ă lâĂ©viter
Lorsque lâon agit avec un facteur dĂ©sagrĂ©able
Punition positive (P+) : on ajoute un élément désagréable.
â Ă©motion probable : peur
â le comportement diminue, car le chien cherche Ă lâĂ©viter
Renforcement négatif (R-) : on retire un élément désagréable.
â Ă©motion probable : soulagement
â le comportement augmente, car le chien cherche Ă lâobtenir
đ On observe ainsi que seul le renforcement positif (R+) procure une Ă©motion rĂ©ellement plaisante pour le chien sans impliquer dâeffets secondaires dĂ©sagrĂ©ables.
Ă lâinverse, le renforcement nĂ©gatif (R-), la punition positive (P+) et la punition nĂ©gative (P-) dĂ©pendent dâĂ©lĂ©ments coercitifs, intrusifs et/ou aversifs.

