🎓 Science et comportement

Les avancĂ©es scientifiques dans l’étude du comportement ont profondĂ©ment transformĂ© l’éducation canine.

L’émergence du behaviorisme a permis de mieux comprendre les mĂ©canismes d’apprentissage et d’adapter les mĂ©thodes Ă©ducatives aux capacitĂ©s du chien. Le bĂ©haviorisme est une approche de la psychologie qui s’intĂ©resse aux comportements que l’on peut observer et mesurer. Il Ă©tudie la maniĂšre dont un ĂȘtre vivant apprend Ă  agir en fonction de son environnement.

Cette approche met en Ă©vidence les lois de l’apprentissage, c’est-Ă -dire les mĂ©canismes par lesquels les comportements apparaissent, changent, se maintiennent ou disparaissent.

Ces formes d’apprentissage sont communes aux mammifĂšres (dont les humains et les chiens), aux oiseaux, aux reptiles et mĂȘme Ă  certains insectes. Les principes prĂ©sentĂ©s ici s’appliquent donc Ă  un large Ă©ventail d’espĂšces, mais les explications seront centrĂ©es sur les chiens afin de mieux illustrer ces concepts.

Les mĂ©canismes de l’apprentissage chez le chien

L’apprentissage chez le chien fonctionne par association et anticipation.

On distingue deux types d’associations :

1.L’apprentissage associatif involontaire (appelĂ© conditionnement classique; selon Ivan Pavlov)

Le chien constate qu’un Ă©vĂšnement entraĂźne une consĂ©quence : il est spectateur.

Voici les étapes du conditionnement classique :

  • RĂ©pĂ©tition : le chien est exposĂ© Ă  une situation identique plusieurs fois.
  • Association : grĂące Ă  ces rĂ©pĂ©titions, il fait l’association entre un Ă©vĂ©nement et sa consĂ©quence.
  • Anticipation : cette association permet au chien d’anticiper la consĂ©quence de l’évĂ©nement.
  • ÉvĂ©nement dĂ©clencheur : son anticipation se manifeste par un Ă©vĂ©nement dĂ©clencheur qui lui permet de prĂ©voir ce qui va suivre et entraĂźne une rĂ©action.
  • RĂ©action : cela provoque chez le chien une rĂ©action physiologique involontaire (rĂ©flexes naturels, Ă©motions, etc.).

Exemple 1 :

  • Quand je prĂ©pare la gamelle de mon chien (l’évĂ©nement dĂ©clencheur), il anticipe le fait d’avoir Ă  manger (la consĂ©quence), ce qui le fait saliver (rĂ©action physiologique involontaire : rĂ©flexe naturel de salivation).
  • Si, par la suite, je fais systĂ©matiquement sonner une cloche avant de prĂ©parer sa gamelle, le chien associe le son de la cloche au fait d’avoir Ă  manger. Il se met donc Ă  saliver dĂšs qu’il entend le son de la cloche, par anticipation.

🔔 J’ai consciemment conditionnĂ© mon chien Ă  saliver au son de la cloche.

Exemple 2 : (peut se produire aussi Ă  notre insu.)

  • Quand je sors promener mon chien, je prends la laisse (Ă©vĂ©nement dĂ©clencheur). Il anticipe le fait d’aller se promener (consĂ©quence), ce qui le rend joyeux et provoque des sauts de joie (rĂ©action physiologique involontaire : Ă©motion de joie).
  • Si, par la suite, je prends systĂ©matiquement mon sac avant de prendre la laisse, le chien associe le sac Ă  la promenade. Il se met donc Ă  sauter de joie dĂšs que je prends mon sac par anticipation.

👜 J’ai inconsciemment conditionnĂ© mon chien Ă  sauter dans tous les sens dĂšs que je prends mon sac.

Ces deux exemples illustrent des situations plaisantes pour le chien, mais ce mĂ©canisme s’applique malheureusement aussi aux situations dĂ©plaisantes. C’est par ce mĂȘme procĂ©dĂ© que les peurs et les phobies peuvent se dĂ©velopper (par exemple, la peur d’aller chez le vĂ©tĂ©rinaire).

Le conditionnement classique induit des émotions, ce qui influence les comportements.

2.L’apprentissage associatif volontaire (appelĂ© conditionnement opĂ©rant; selon B.F. Skinner)

Le chien constate que son propre comportement entraßne une conséquence : il est acteur.

Voici les étapes du conditionnement opérant :

  • RĂ©pĂ©tition : le chien est exposĂ© Ă  une situation identique plusieurs fois.
  • Association : grĂące Ă  ces rĂ©pĂ©titions, il fait l’association entre son propre comportement et sa consĂ©quence.
  • Anticipation : cette association permet au chien d’anticiper la consĂ©quence de son propre comportement.
  • ÉvĂ©nement dĂ©clencheur : son anticipation se manifeste par un Ă©vĂ©nement dĂ©clencheur qui lui permet de prĂ©voir ce qui va suivre et entraĂźne une rĂ©action.
  • RĂ©action : cela provoque chez le chien une rĂ©action comportementale volontaire, car il est conscient qu’il peut influencer la consĂ©quence par son comportement.

Exemple : reprenons l’exemple de la gamelle (en partant du principe que mon chien sait s’asseoir sur demande).

  • Avant de lui donner sa gamelle, je lui demande de s’asseoir (Ă©vĂ©nement dĂ©clencheur),il anticipe le fait d’avoir Ă  manger (consĂ©quence) et s’assoit dans le but de l’obtenir (rĂ©action comportementale volontaire).
  • Si, par la suite, je lui demande systĂ©matiquement de s’asseoir avant de lui donner sa gamelle, le chien fait l’association entre le fait d’apporter sa gamelle et le fait de s’asseoir pour l’obtenir.

Il se met donc assis dùs que j’arrive avec la gamelle, par anticipation.

đŸ¶ J’ai consciemment conditionnĂ© mon chien Ă  s’asseoir lorsque je lui apporte sa gamelle.

Cet exemple illustre une situation oĂč le chien produit un comportement pour obtenir ce qu’il dĂ©sire, mais ce mĂ©canisme s’applique Ă©galement Ă  l’inverse, lorsque le chien cesse un comportement pour Ă©viter une consĂ©quence dĂ©plaisante.

Le conditionnement opérant induit des comportements ce qui influence les émotions.

Vous connaissez maintenant la différence entre le conditionnement classique et le conditionnement opérant, néanmoins ils sont systématiquement liés et agissent ensemble.

Exemple : Je joue Ă  la balle avec mon chien.

  • Lorsque je prends la balle (Ă©vĂ©nement dĂ©clencheur), il anticipe le fait de jouer (consĂ©quence) et aboie par excitation (rĂ©action physiologique involontaire).
  • Si, par la suite, je lance systĂ©matiquement la balle pour le faire taire (car ses aboiements deviennent gĂȘnants), le chien fait l’association entre ses aboiements et le fait que je lance la balle.

Il aboie donc par anticipation pour obtenir le lancer de balle : La rĂ©action qui Ă©tait Ă  l’origine physiologique et involontaire s’est transformĂ©e en rĂ©action comportementale volontaire.

âšœ J’ai inconsciemment conditionnĂ© mon chien Ă  aboyer lorsque je joue Ă  la balle avec lui.

La matrice de modification comportementale (le quadrant de Skinner) issue du conditionnement opérant

Les conditionnements opĂ©rants permettent d’agir sur le comportement de deux maniĂšres car le chien agit toujours pour deux raisons : obtenir ou Ă©viter quelque chose.

  • Le chien agit pour obtenir quelque chose (renforcement), cela augmente la frĂ©quence d’un comportement
  • Le chien agit pour Ă©viter quelques chose (punition), cela diminue la frĂ©quence d’un comportement

GrĂące Ă  ces deux types de motivations (obtenir ou Ă©viter) nous avons le choix d’introduire des facteurs agrĂ©ables et dĂ©sagrĂ©ables en les ajoutant ou en les supprimant.

Voici le quadrant de Skinner : Les termes “positif (+)” et “nĂ©gatif(-)” indiquent, comme en mathĂ©matique, ajouter (+) et retirer (-).

Pour modifier un comportement, nous disposons donc de ces quatre options (quadrant de Skinner), chacune ayant un impact émotionnel différent sur le chien. Il est donc essentiel de les connaßtre pour agir en connaissance de cause et en pleine conscience.

Lorsque l’on agit avec un facteur agrĂ©able

Renforcement positif (R+) : on ajoute un élément agréable pour le chien.

→ Ă©motion probable : joie

→ le comportement augmente, car le chien cherche à l’obtenir

Punition nĂ©gative (P-) : on retire quelque chose d’agrĂ©able.

→ Ă©motion probable : frustration

→ le comportement diminue, car le chien cherche Ă  l’éviter

Lorsque l’on agit avec un facteur dĂ©sagrĂ©able

Punition positive (P+) : on ajoute un élément désagréable.

→ Ă©motion probable : peur

→ le comportement diminue, car le chien cherche Ă  l’éviter

Renforcement négatif (R-) : on retire un élément désagréable.

→ Ă©motion probable : soulagement

→ le comportement augmente, car le chien cherche à l’obtenir

👉 On observe ainsi que seul le renforcement positif (R+) procure une Ă©motion rĂ©ellement plaisante pour le chien sans impliquer d’effets secondaires dĂ©sagrĂ©ables.

À l’inverse, le renforcement nĂ©gatif (R-), la punition positive (P+) et la punition nĂ©gative (P-) dĂ©pendent d’élĂ©ments coercitifs, intrusifs et/ou aversifs.